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Introduction
La vie privée est l’un des nouveaux (ou presque) enjeux majeurs introduits par le développement de l’informatique et d’internet. Sauf que… TOUT LE MONDE S’EN FOUT ! Personne ne veut en entendre parler, c’est chiant, ça ne sert à rien et puis “De toute façon j’ai rien à cacher !”.
Et nous voilà donc, déjà prêts à envoyer notre carte d’identité sur tous nos réseaux sociaux pour notre propre sécurité — Enfin j’espère pour vous parce que de toute façon on ne vous laissera pas le choix — Et à donner notre identité, sexe et date de naissance dès qu’un site web, probablement très bien intentionné nous le demande.
Sauf qu’il y a un piège…
Droit à la vie privée
La vie privée, ce n’est pas avoir quelque chose à cacher, c’est un droit fondamental. En fait l’argument le plus largement répandu autour de cette idée consiste à dire que l’on aurait rien à se reprocher et donc que ça ne nous concernerait pas, le fameux “De toute façon, je n’ai rien à cacher !”. À vrai dire, j’envie presque l’enthousiasme de ces personnes, de penser qu’elles seront de toute façon toujours d’accord avec tout et que et que rien ne pourrait jamais les pousser à devoir lutter contre qui ou quoi que ce soit. Vous ne voyez pas l’intérêt de protéger votre vie privée à l’ère de la surveillance de masse parce que vous n’envisagez pas un jour être confronté à vouloir lutter contre une quelconque entité qui a du contrôle sur vous.
Ultimately, arguing that you don’t care about the right to privacy because you have nothing to hide is no different than saying you don’t care about free speech because you have nothing to say. — Edward Snowden
En laissant des systèmes centralisés et automatisés récupérer et traiter vos informations (de toute forme qu’elles soient), vous vous soumettez à ces systèmes et devenez dès lors vulnérable si jamais la situation venait à évoluer en votre défaveur. Vous avez peut-être même déjà tout intérêt à l’heure actuelle, car il n’y a pas qu’avec ces entités que vous pourriez avoir des différends, et certaines personnes sont particulièrement habiles à récupérer toutes les données que vous pouvez laisser derrière vous, pour ou contre votre gré ( et on va pas se le cacher c’est plus généralement contre). Réalisez seulement qu’à l’heure actuelle, n’importe qui avec la connaissance des bons outils peut retracer très précisément votre vie, vos goûts, vos intérêts, et probablement beaucoup plus que vous ne le pensez, et utiliser ces informations pour vous nuire. Ce ne sont clairement pas des compétences hors d’atteinte du commun des mortels. Toutes ces informations, vous les avez données, de votre bon gré et elles se baladent aujourd’hui dans la nature, vous n’y pourrez à peu près rien.
Et si vous ne vous sentez toujours pas concerné par la vie privée, sentez-vous au moins concerné par celle des autres car elle y est directement liée. De même que négliger la liberté de religion parce qu’on ne croît pas en Dieu pourrait mettre en péril la sécurité des croyants, négliger le droit à la vie privée pour son propre confort reviendrait à sacrifier ce droit pour le reste de la population directement concernée. Et quelle est cette autre partie de la population ? Les journalistes, les lanceurs d’alerte, et plus généralement les contre-pouvoir oeuvrant dans l’intérêt de la population. Si vous choisissez d’abandonner complètement votre droit à la vie privée, il le perdront eux aussi.
Généralisation de la surveillance de masse
La surveillance de masse s’est déjà largement normalisée depuis les dernières années, pourtant malgré tous les avertissements des lanceurs d’alertes ou de quelques personnes sur internet, le message n’a pas pris, et certaines entités s’en donnent à coeur joie.
Les Big Tech

Les grosses entreprises de la tech: Meta, Google, Microsoft, Apple… Le mécanisme est bien connu, rassembler le plus d’utilisateurs dès le début d’une technologie pour les y habituer de telle façon à ce qu’ils deviennent complètement dépendants d’un produit. Puis une fois la masse acquise, resserrer l’étau, lentement mais sûrement et en extraire jusqu’à la dernière goutte de profit. Ces entreprises existent car elles se sont rendues indispensables au fil du temps. Elles ont grossi jusqu’à devenir les mastodontes qu’elles sont aujourd’hui. Elles contrôlent le monde virtuel mais aussi le monde physique et il est presque impossible de leur échapper complètement.
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Microsoft contrôle la quasi totalité du marché des systèmes d’exploitation pour ordinateurs et des logiciels d’entreprise. Elle est reconnue pour sa télémétrie excessive, sa tendance à systématiquement outrepasser le consentement de l’utilisateur et ses logiciels de mauvais qualité, assez ironiquement.
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Meta, peut-être la plus sournoise puisqu’elle ne s’est jamais reposée que sur exploitation de ses utilisateurs. Elle n’a jamais réellement cherché à les convertir à un abonnement payant parce qu’elle sait qu’elle peut en tirer bien plus sans qu’ils s’en aperçoivent. Elle contrôle les réseaux sociaux et l’essentiel des moyens de communication excepté les SMS/RCS, et parvient à capitaliser des milliards de dollars comme cela, précisément sur la vie privée de ses utilisateurs, qu’elle utilise pour vendre des emplacements de publicité en se basant sur vos informations.
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Google assez similairement, génère l’essentiel de ses revenus en récupérant le plus d’informations possibles sur ses utilisateurs pour par la suite les exploiter pour vous montrer les publicités personnalisées, avec une frontière de plus en plus floue avec le contenu non-publicitaire. Mais aujourd’hui en plus, préparent une ère où ils domineront complètement le marché de l’achat en ligne et où ils seront l’interface privilégiée entre internet et le consommateur. Si ça vous semble exagéré, je vous invite à aller voir la Google I/O de 2025 ou plus succinctement cette page-ci.
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Amazon et Apple sont alors là pour prendre le relais: à eux d’exacerber le consumérisme pour rendre le système encore plus efficace. Vous vendre tout ce dont vous n’avez pas besoin pour mieux vous enfermer dans leurs écosystèmes sans laisser place à la moindre possibilité d’envisager un jour vous séparer d’eux. Mais nous nous écartons un peu du sujet.
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Il reste cependant à noter que si on souvent peut penser Apple comme une entreprise qui se soucie de la vie privée de ses utilisateurs, il n’en est rien. En réalité elle s’en soucie seulement lorsque ces données ne leur appartiennent pas et tente avant tout de protéger son image de marque à travers de nombreuses campagnes de publicité sans pour autant qu’on puisse savoir ce qu’Apple peut vraiment faire de nos données.
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Et encore je n’ai parlé ici que des corporations américaines bien connues, aujourd’hui il faudrait y rajouter toutes les entreprises chinoises qui ont su s’imposer dans le monde: Bytedance, Alibaba, Tencent, etc. Vous utilisez probablement déjà un de leurs logiciels et autant vous dire qu’ils ne sont pas là pour protéger vos données.
Les gouvernements

En outre, ces entreprises ne sont pas les seules à essayer d’attaquer le droit à la vie privée, c’est tout aussi bien le cas des États de chaque pays:
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Les États-Unis (du moins une partie des états) ont déjà déployé des moyens colossaux pour mettre en application des vérifications d’âge par le biais de reconnaissance faciale ou biométrique et de la carte d’identité au niveau des sites web, comme des applications ou même jusqu’au système d’exploitation.
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Le Royaume-Uni à travers l’Online Safety Act force les citoyens à communiquer leur identité afin de pouvoir accéder aux sites pornographiques et envisage d’étendre cette mesure aux VPNs qui permettent de s’affranchir de cette vérification.
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L’Union Européenne de même pousse déjà pour la mise en place de moyens de vérification d’identité inter-opérables sous le nom de Digital Identity Wallet et tente toujours d’imposer le projet de loi sur Chat Control récemment évité de justesse à 4 pays contre 23, consistant purement et simplement à analyser l’entièreté des messages transmis par tout un chacun avant même leur chiffrement.
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L’Australie, similairement au Royaume-Uni a déjà mis en place son Online Safety Act, allant jusqu’à prévoir des amendes pour les utilisateurs tentant d’abuser du système.
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l’Indonésie, la Malaisie et le Brésil eux aussi on mis en place des systèmes similaires en Mars 2026.
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Les pays européens (sûrement impatients de voir que les régulations européennes mettent du temps à arriver) on eux aussi développé des projets de loi visant à forcer la vérification d’identité sur les réseaux sociaux. On notera en particulier la France, le Danemark, les Pays-Bas, l’Espagne et la Slovénie.
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Et évidemment inutile de parler de la situation en Asie où ces systèmes sont déjà très bien implantés. La situation est bien connue des médias traditionnels européens et dans l’opinion publique, ce qui n’empêche pas l’Europe de se rapprocher de plus en plus du modèle chinois sans que grand monde s’en émeuve.

Cette obsession pour le contrôle des identités relève de la dystopie: En mettant en place un tel système, l’état s’assure de pouvoir identifier n’importe qui sur les réseaux sociaux instantanément et ainsi pouvoir soutenir un moyen de pression énorme sur les comptes trop dissidents. C’est un enjeu majeur. Tout cela se fait généralement sous couvert de protection de l’enfance ou contre le harcèlement mais ce sont des arguments fallacieux. Des expériences ont été portées et ces méthodes se sont revelées inefficaces tandis que certaines autres paraissaient prometteuses. Ces lois ne sont qu’un moyen d’exercer un contrôle plus grand sur la masse, de s’assurer de la pérennité du système en gardant les personnes trop bruyantes à l’écart, c’est tout ce qui se rapproche d’une oligarchie et en cela ces mesures pourraient amplement être qualifiées d’orwelliennes.
Autres exemples
En revanche, on peut faire confiance aux entités gouvernementales pour ce qui est de faire fuiter des informations. Nous sommes dans un monde dans lequel de nouvelles fuites apparaissent tous les jours et dans lequel une grande partie d’entre elles relèvent d’organismes publics. Je vous recommande chaudement d’aller jeter un coup d’oeil à Bonjour la fuite afin d’obtenir un ordre d’idée d’à quel point ces fuites sont problématiques: TOUTES les informations que vous rentrez ou qui sont à un moment émises sur internet sont susceptibles d’être un jour dévoilées publiquement.
Ce cas devient particulièrement inquiétant lorsqu’on s’intéresse au cas des cryptomonnaies. En Europe les plateformes d’achat ou d’échange de cryptomonnaie sont forcées de demander aux utilisateurs de s’identifier avec leur carte d’identité et un scan du visage. Le gouvernement sait alors très précisément combien d’actifs vous détenez. Maintenant imaginez que ces informations venaient à fuiter: Des millions de personnes seraient très rapidement mises en danger. Les cas de séquestration ou d’agressions sur des personnes détenant des cryptomonnaies dans le but de les leur extorquer se sont multipliés ces dernier temps et centraliser des informations aussi sensibles devient un risque majeur pour la sécurité personnelle des individus, tout en négligeant une partie importante de l’intérêt de cette nouvelle forme d’économie.

Si vous vivez en France, vous l’aurez aussi peut-être remarqué récemment à l’occasion des élections municipales de 2026, il y a un mouvement vers la couverture totale des villes avec des caméras de surveillance. Vous reconnaîtrez probablement les mêmes arguments fallacieux de sécurité exposés plus tôt et le danger imminent que ces caméras présentent: Nous ne sommes désormais plus qu’à un pas du système chinois qui avait tant fait réagir quelques années auparavant. Le matériel est là, et on ne tardera pas à lui trouver tout un tas d’utilisations plus problématiques les unes que les autres qu’il suffira de faire passer discrètement ou sous couvert de “plus de sécurité”. Encore une fois, les gains en sécurité sont vraiment marginaux alors que le danger sociétal est lui bien réel. Des caméras ne préviennent pas les crimes, elles surveillent.
Et c’est bien connu “Ensemble, on va plus loin!” Nos gouvernements ont bien retenu la leçon et ils ont pris les devants: Ils font désormais appel à des entreprises spécialisées dans la collecte et l’analyse de masses de données. Mieux que ça, ils sont en étroite collaboration. L’exemple le plus parlant dont vous avez déjà entendu parler est sûrement Palantir, une entreprise spécialisée dans le traitement de tas de données, possédant des contrats à plusieurs milliards avec le gouvernement américain et s’inscrivant dans la continuité des scandales sur l’espionnage de masse aux États-Unis.
D’ailleurs toutes ces mesures autour de la vérification d’identité ou de l’analyse permanente des communications résultent d’une certaine forme de collaboration entre les gouvernements et les entreprises évoquées précédemment afin d’intégrer au mieux ces technologies. La mode du moment consiste à intégrer les vérifications au niveau-même du système d’exploitation des appareils, afin de ratisser la plus large partie de la population et de rendre ce système aussi incontournable que possible. Les gouvernements se tournent donc vers les quelques entreprises qui ont donc la main mise là-dessus: Apple, Google et Microsoft. À elles trois, elles ont la main sur la quasi-totalité des ordinateurs, téléphones et tablettes vendues dans le monde et facilitent ainsi grandement la mise en place de tels systèmes. Pourquoi chercher à noyauter chaque application de communication une par une si on peut à la place contrôler le système sur lequel ces applications s’installent, en particulier quand trois d’entre-eux suffisent à ratisser l’immense majorité de la population: iOS, Android et Windows. De ce point de vue, les monopoles actuels paraissent tout à coup encore plus dangereux que ce qu’ils n’avaient pu l’être auparavant.
Conclusion
Le problème est large et délicat à adresser. Il devient de plus en plus difficile d’éviter la surveillance de masse et le faire peut demander du temps et des recherches, mais il existe déjà des alternatives accessibles rendues possibles par le monde de l’open source. C’est un sujet qui mériterait son propre article (et qui l’aura sûrement en temps voulu) mais il y a déjà tout un tas de choses que vous pouvez faire pour vous échapper de l’espionnage de masse:
- Utilisez un moteur de recherche qui respecte la vie privée
- Duckduck Go
- Startpage
- Ou d’autres…
- Passez sur une messagerie chiffrée
- Signal
- Matrix
- Ou d’autres…
- Changez votre navigateur
- Librewolf sur ordinateur
- Cromite ou Brave sur téléphone
- Ou d’autres…
- Faîtes attention à toutes les informations que vous pouvez laisser
- Ne donnez que le strict minimum
- N’hésitez pas à utiliser des pseudonymes ou de fausses informations
- Limitez le nombre de comptes que vous créez
- Faîtes le ménage occasionnellement sur les services que vous n’utilisez pas
Finalement je vous inviterai fortement à consulter State of mass surveillance ou encore EFF qui sont des organismes réunis par cette mission de conserver le droit à la vie privée dans une époque où elle n’a jamais été aussi importante ni autant été mise en danger.
La vie privée n’est pas juste un truc de nerd comme certains tendent à le penser, c’est un enjeu d’envergure mondiale qui est en permanence mis à mal par des dirigeants et des patrons un peu trop assoiffés de pouvoir et qui. si vous ne vous battez pas pour le garder lorsqu’on tente de vous l’enlever, finira bien par causer la perte des civilisations modernes.